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Indépendants : pourquoi ne pas opter pour le portage salarial ?

, par Camille Boulate

Même si le portage salarial fait de plus en plus d’adeptes en France, il reste encore très méconnu des indépendants. Pourtant, ce système offrirait de multiples avantages. Le point avec Frédéric Biard, directeur général de l’entreprise spécialisée Jam.

 

En quoi consiste le portage salarial ?

Il s’agit d’un système qui permet à l’indépendant d’accéder à tous les avantages du statut de salarié en transformant ses honoraires en salaire. Par exemple, lorsqu’un indépendant décroche une mission et nous sollicite, c’est nous, en tant qu’entreprise de portage salarial, qui allons passer un contrat de prestation avec l’entreprise et qui facturons la prestation. Parallèlement, nous ferons signer à l’indépendant (ou consultant) un contrat de travail pour le temps de sa mission, cela peut être un CDD ou un CDI (de maximum 3 ans), tout dépend de la typologie de la prestation. Chaque mois, le consultant nous fournira une déclaration d’activité en indiquant combien de jours il a travaillé pour le client. Sur cette base-là, nous allons facturer l’entreprise et éditerons une fiche de paie pour le consultant.

Comment le montant du salaire est-il déterminé ?

Si un indépendant a négocié des honoraires de 100 000 euros pour une mission de six mois, nous nous basons sur cette somme pour la transformer en salaire. Dans le détail, sur ce montant, en tant qu’entreprise de portage, nous prenons 5 % de frais de gestion (cela peut monter jusqu’à 9 % en fonction des honoraires négociés). Ensuite, les 95 000 euros restants deviennent une rémunération sur laquelle nous impactons les différentes cotisations sociales (charges salariales et patronales). Concernant le montant du salaire, le consultant a deux choix. Il peut en effet décider d’opter pour le préfinancement, c’est-à-dire que nous allons, en tant que société de portage, lui avancer la totalité du salaire auquel il a droit alors que l’entreprise ne nous a pas encore payés. S’il ne choisit pas cette option, l’indépendant se verra verser le salaire minimum conventionnel et nous lui paierons le solde à la fin de son contrat.

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Quels sont les principaux avantages du portage salarial ?

Ils sont multiples. D’abord, l’indépendant reçoit un salaire régulier le temps de sa mission. Ensuite, ce système lui permet de cotiser pour la retraite et l’assurance chômage ce qui n’est pas négligeable, surtout pour les travailleurs seniors. Le portage salarial offre également la possibilité aux indépendants d’avoir accès à une mutuelle d’entreprise. Enfin, et c’est loin d’être anecdotique, le consultant n’est pas seul. Car la solitude reste un grand problème pour les indépendants. Quand il fait appel à Jam, par exemple, il a accès à des formations spécifiques, sans surcoût, et à des événements réseau comme des déjeuners ou des after works. Cela favorise les rencontres avec d’autres consultants mais aussi avec des entreprises qui peuvent avoir besoin de ses compétences.

À qui s’adresse le portage salarial ? Est-ce qu’il peut être adapté à tous les métiers ?

Il y a des fonctions qui ne seront jamais adaptées au portage salarial, comme toutes celles liées aux services à la personne. Ensuite, il faut avoir en tête que cela s’adresse avant tout aux cadres qui détiennent une certaine expertise. Nous avons beaucoup de managers de transition, de consultants en informatique ou encore de formateurs. Par exemple, cela pourrait tout à fait convenir aux chauffeurs de VTC, mais cela soulèvent encore certaines problématiques notamment pour les assurances des véhicules et des chauffeurs.

Aujourd’hui, le portage salarial reste encore peu connu des indépendants et des entreprises. Pour quelles raisons ?

Effectivement, ce statut reste encore méconnu. Pour preuve, en France, on compte 70 000 personnes qui sont en portage salarial contre 450 000 au Royaume-Uni. Les raisons sont nombreuses. Déjà, nous avons une forte culture du CDI. Puis le mot de “portage salarial” ne parle pas à grand monde et effraie, autant les indépendants, qui ne veulent pas forcément entendre parler de salariat, que les entreprises, qui n’ont pas toujours conscience des différents statuts existant (freelance, micro entrepreneur, portage salarial…). Elles estiment aussi qu’en faisant appel à un prestataire externe cela risque de nuire à leur image de marque. Même si, rappelons-le, ce n’est pas à l’entreprise mais à l’indépendant de nous solliciter s’il souhaite être en portage salarial.

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Camille Boulate


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